lundi 17 juillet 2017

Ce que cache l’offensive israélienne en Afrique

Abdelmalek Alaoui, Editorialiste (Crédits : LTA)


«Keep your friends close, but keep your enemy closer». Benyamin Netanyahou a repris à son compte l’un des leitmotivs de Michael Corleone dans le film «Le Parrain», en lançant une vaste offensive continentale dont le point d’orgue devrait être le sommet Afrique-Israël de Lomé qui se tiendra du 23 au 27 octobre prochain. Au-delà des traditionnels domaines de coopération que sont le renseignement, les mines, la santé et l’agro-industrie, que va réellement chercher l’Etat hébreu sur le continent noir ?


A Tel-Aviv comme à Lomé, les organisateurs du sommet sont dans les starting-blocks. Leur objectif, «réussir» cet événement réunissant pour la première fois des dirigeants africains avec l'Etat hébreu. S'il est à peu près certain que la majorité des chefs d'Etat du continent ne feront pas le déplacement, Tel-Aviv n'en est pas moins extrêmement mobilisée afin de démontrer qu'Israël peut normaliser ses relations avec une partie de l'Afrique. Pour cela, les grands moyens ont été déployés depuis plusieurs mois et les rendez-vous bilatéraux entre Netanyahou et certains de ses pairs africains ont été multipliés afin de les convaincre de se rendre au rendez-vous togolais.

A date, outre l'hôte du sommet, Faure Gnassingbé, il est à peu près certain que Paul Kagamé sera du rendez-vous, aux côtés d'une probable dizaine de chefs d'Etat et de gouvernement du Continent. Il faut dire que le Premier ministre israélien a pu récemment mesurer la faiblesse de sa cote de popularité africaine, lorsque sa présence lors du sommet de la CEDEAO, début juin, avait contraint un certain nombre de dirigeants à annuler leur participation à la toute dernière minute.

De ce fait, lorsqu'il examine une carte de l'Afrique, Benyamin Netanyahou connaît les zones qu'il lui est impossible d'investir. Tout d'abord, l'Afrique du Nord et l'arc sahélien -proximité avec la cause palestinienne oblige- sont presque totalement imperméables à toute tentative de rapprochement avec l'Etat hébreu, que ce soit dans un cadre bilatéral où à travers une plateforme multilatérale continentale.

D'ailleurs, aucun pays de la zone n'entretient de relations diplomatiques avec Tel-Aviv, à l'exception du cas très particulier de l'Egypte, avec laquelle l'Etat hébreu est frontalier. Israël entretient également des relations complexes avec l'Afrique du Sud, car il lui est toujours reproché son engagement aux côtés du régime afrikaner de l'apartheid. Ajoutons à cela la proximité idéologique et historique entre l'ANC et l'OLP, et l'on comprend mieux pourquoi Netanyahou et Shimon Pérès avaient été contraints de ne pas se rendre aux obsèques de Nelson Mandela en 2013.
Un terrain de jeu fragmenté

En Afrique centrale et de l'Est, l'Etat hébreu peut espérer trouver des relais plus dynamiques au niveau de ses terrains de jeu traditionnels que sont les mines, le renseignement, la santé et l'assistance technique à l'agro-industrie. Ces quatre éléments ont dessiné depuis trente ans les lignes de force de la projection de puissance israélienne sur le Continent. Si les mines et le renseignement sont essentiellement portés par des acteurs privés très actifs, la coopération dans l'agro-industrie et dans la santé est quant à elle soutenue par l'agence MASHAV, bras armé d'Israël en matière de coopération internationale, dépendant du ministère des Affaires étrangères. A travers elle, de nombreuses initiatives en direction de l'Afrique ont été lancées au cours des dernières années, renforçant les positions de Tel-Aviv dans de nombreux pays et balisant la voie à la grande offensive diplomatique initiée par Benyamin Netanyahou depuis la montée en puissance de la représentativité de l'Etat palestinien dans les institutions internationales.
Le nouveau terrain de bataille du «Soft Power» israélien : la technologie

Car en bon politicien, Netanyahou sait compter. Et l'Afrique, ce sont pas moins de 54 pays et donc autant de voix à l'ONU. Dans un contexte où il est de plus en plus difficile pour Tel-Aviv de continuer à défendre ses positions dans les institutions multilatérales en se basant sur ses alliés traditionnels, l'Afrique est donc devenue le champ de bataille prioritaire de la diplomatie israélienne afin de tenter de mobiliser de nouveaux soutiens. Et pour cela, il apparaît clairement que la doctrine poursuivie jusqu'alors ne suffit plus, d'où la volonté pour le leadership israélien de se positionner sur de nouveaux thèmes porteurs d'avenir : la technologie et l'éducation .

Ce n'est donc certainement pas un hasard si le futur Sommet de Lomé a choisi pour thème l'innovation et la formation comme axes centraux des échanges. En effet, Israël a cette particularité d'être l'Etat au monde -hors Etats-Unis- ayant le plus de sociétés cotées (96) au sein du Nasdaq, l'indice américain des valeurs technologiques. Et pour ce pays qui se rêve en «Nation start-up», l'Afrique constitue le laboratoire idoine afin de lancer une vaste offensive digitale en mettant en première ligne les entreprises israéliennes, à la pointe mondiale de ce domaine.

En investissant le numérique plutôt que les industries extractives ou l'énergie, traditionnellement convoitées par les grandes puissances américaine ou chinoise , Israël a tout à gagner sans exacerber de dynamique concurrentielle avec l'Oncle Sam. En outre, investir le terrain de la technologie nécessite infiniment moins d'investissements et n'est pas aussi dépendant des aléas politiques. A tous les niveaux, ce positionnement constitue un avantage.

Toutefois, c'est au niveau du second volet, l'éducation, qu'Israël semble vouloir sortir de sa zone de confort. Jusque-là, seul un petit millier d'Africains se rendent en Israël chaque année pour étudier. Lors du prochain Sommet de Lomé, des annonces substantielles devraient être faites pour intensifier ce volet, ce qui n'est pas sans soulever certaines craintes. En effet, un certain nombre de pays voient d'un œil suspect cette volonté israélienne de se positionner sur le terrain de l'éducation, que l'on sait extrêmement sensible. De là à y voir une volonté de mettre en place un système de «formatage» des jeunes esprits africains, il n'y a qu'un pas...

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